Elle s’est endormie
dans son fauteuil de velours rouge. Et plus rien de ce qui l’entoure ne
la concerne désormais.
Elle s’est endormie bien au chaud dans cette pièce aux murs vert sombre
striés de noir à peine dissimulés par les lourdes tentures brunes
égayées de fleurs et de croisillons orangés.
Elle s’est endormie, offrant, sans pudeur, aux regards indiscrets, ses
rondeurs dénudées. Son cou ne soutient plus sa tête renversée sur le
côté. Un collier de perles rouges ondule négligemment à la naissance de
ses épaules aux formes pleines. Ses bras reposent, détendus, sur les
accoudoirs et se prolongent par des mains à six doigts qui se croisent
légèrement, comme une protection, sur son ventre rebondi recouvert d’un
coussin bleu. Un corsage plissé vert pomme glisse lentement dégageant la
ferme rondeur d’un sein. Ses cheveux d’or, que l’on devine longs,
tombent en cascade derrière ses épaules et laissent à découvert un
visage serein à l’ovale parfait et aux traits délicatement esquissés. De
ses grands yeux, on n’aperçoit que l’épaisse frange des cils surmontés
du fin dessin de ses sourcils. Son nez grec surplombe une petite bouche
à moitié entrouverte. De ses lèvres carmin s’échappe une ombre qui se
joue des apparences, créant une double perspective où face et profil se
rejoignent en une harmonieuse illusion.
La belle s’est endormie, figée quelque part au milieu de l’éternité.