Le Château des Mystères
n’était pas un château comme les autres. Il était creusé à même la
montagne. Aucun élément extérieur ne laissait supposer qu’il y avait là
une installation gigantesque. L’entrée était sans pont-levis
contrairement aux habitudes architecturales de l’époque. Une autre
particularité, et pas des moindres, cette entrée n’était visible que
pour les personnes autorisées à y pénétrer. Pour les élus, elle
ressemblait à l’entrée d’une grotte ou à l’entrée d’un tunnel - mais
sans les rails ni le train, cela n’existait pas encore. La première
salle était sans particularité, en tout cas dans un premier temps, car
après un moment, elle pouvait se présenter à chaque visiteur de façon
différente. Pour certains, cela ressemblait à un grand hall sur lequel
ouvraient une dizaine de portes, pour d’autres c’est en touchant les
parois qu’ils pouvaient passer d’une pièce à l’autre. Il y aurait du
Merlin là-dessous que ça ne m’étonnerait pas ! En ce qui me concerne,
moi Chevalier Thomas, lorsque je suis entré dans le château, il m’est
apparu comme une grotte sombre, dans laquelle je n’ai pas hésité à
m’engager. Tu sais comme je peux être très brave en chevalier.
A l’époque nous n’étions
guère équipés pour la spéléo. Tu penses bien que l’humidité d’une grotte
a un effet désastreux sur le fer des armures. De plus notre heaume
n’était pas équipé de lampe à carbure. Je m’allégeai donc dès le départ,
laissant armure, haubert, heaume, ne gardant que mes chausses et ma
chemise. Et mon épée bien sûr ! On ne sait jamais sur quoi on peut
tomber. J’avançai prudemment. Comme par miracle - ou plutôt par magie -
malgré l’absence de lumière, je voyais suffisamment clair autour de moi
pour voir les obstacles. Le premier fut un éboulis haut le trois mètres.
Épreuve pas vraiment insurmontable, mais qui m’a pris pas mal de temps
et d’énergie tellement la terre était meuble et les pierres se
dérobaient sous mes pieds. Une fois de l’autre côté, je me suis aperçu
que le chemin était obstrué par un gros bloc de granit que je dus
contourner en me faufilant entre la paroi et cette pierre. J’étais
heureux d’avoir enlevé mon armure, sans ça je serais resté coincé.
Ces deux obstacles ne
paraissent pas énormes mais pourtant j’étais déjà fatigué, comme si cela
aspirait l’énergie que j’avais en moi. De plus, de là où j’étais arrivé,
je ne voyais plus l’entrée pas plus que ce qu’il y avait plus loin. Je
dois reconnaître que cette situation était inconfortable et que j’aurais
cent fois préféré combattre je ne sais quel monstre ou dragon. Ce qui
pouvait toujours arriver d’ailleurs. J’entendis alors un bruit. Cela
avait l’air proche, pourtant, il me fallut des heures de marche pour y
parvenir. Il s’agissait d’un torrent. Là, cinq mètres plus bas, un
torrent d’une force incroyable. Le chemin s’interrompait là pour
continuer de l’autre côté. Pas de pont pour traverser et bizarrement le
chemin par lequel j’étais arrivé, avait disparu. J’étais coincé là. Je
dois avouer que j’étais découragé et prêt à abandonner. Il me fallut
lutter contre mes petits démons intérieurs pour ne pas me laisser
abattre. C’est dans des moments pareils, qu’il est bon de se rappeler
que ce qui a maintenu la plupart des chevaliers en vie lors de leurs
multiples aventures, c’est leur force de caractère autant que leur
habileté au maniement des armes. Je serrai donc les dents, m’accordai un
cours moment de repos pour rassembler mes forces avant d’affronter la
suite.
Quand j’eus retrouvé mes
forces et le moral, je me remis debout face à ce gouffre et fixai
l’autre rive pour bien en imprégner mon esprit comme objectif à
atteindre. Et là - merci Merlin - un pont s’est construit, pierre par
pierre. Miracle ou force de mon esprit ? Je n’en sais trop rien.
Toujours est-il que je pus traverser l’obstacle sans difficulté. A peine
passé, le pont disparu. Qu’importe, j’avais traversé et pour le retour,
je me doutais que le chemin serait autre. Je me trouvais à ce moment-là
dans un conduit circulaire. Ni sol ni mur ni plafond, rond comme un
conduit d’aération et absolument droit. Je voyais dans le fond, une
lumière qui me laissa supposer que j’arrivais au bout du tunnel. J’en
ressentis un grand soulagement ; je n’aimais guère cette aventure et
étais pressé d’en finir. Et bien pas du tout ! Au bout du conduit, il
n’y avait pas de sortie, mais une immense salle. Tu sais comme celle
qu’on nous fait visiter dans les grottes de Han ou de Remouchamps.
Je me trouvais à dix mètres
du sol. Je voyais en face, de l’autre côté de la salle, la suite du
tunnel, aussi à dix mètres du sol. L’épreuve était de taille, mais le
cadeau aussi. Ce que j’avais sous les yeux était magnifique. Toutes ces
concrétions, baignées d’une lumière douce un peu ocre. Certaines, dont
une, juste au milieu de la salle, atteignaient deux mètres de diamètre.
Et, tombant du plafond des espèces de drapés de calcaire. J’étais tout
absorbé par ce que je découvrais, si bien que je me retrouvai, sans
savoir comment, en bas, debout dans cette salle. Le message était
clair : dans cette aventure le mot clé c’était confiance. Confiance en
soi, confiance en la force de son esprit. Il n’y a rien de plus
difficile quand on est à moitié nu dans un lieu étranger, avec comme
seules armes une épée, qui serait sans doute inefficace, et la force de
son esprit, qu’on a si peu l’habitude d’utiliser. Autant j’avais de
l’entraînement pour combattre en tournois, autant je manquais totalement
d’expérience pour ce genre d’épreuve.
Dans cette salle, mon pire
ennemi c’était moi-même. Je devais lutter contre mes propres angoisses
pour éviter de sombrer dans la folie. Ne sachant pas ce qui m’attendait,
j’étais à l’affût du moindre bruit. Et des bruits, je t’assure qu’il y
en a beaucoup plus qu’on ne peut imaginer dans ce genre d’endroit. Le
pire, ce sont ces gouttes d’eau, qui inlassablement tombent une à une,
ploc ! ploc ! Qui égrènent le temps et qui avec une patience
extraordinaire, construisent stalactites et stalagmites.
Je suis resté longtemps
dans cette salle, j’ai fini par m’y endormir. Je me suis réveillée
devant l’entrée du château. Je n’ai jamais su comment j’en étais
ressorti.
Par la suite j’y suis
retourné. L’intérieur prenait chaque fois un aspect différent, mais
chaque fois il me fallait lutter contre moi-même, contre mes vieilles
angoisses, mes souvenirs. Je n’y ai jamais rencontré personne.
Il est arrivé aussi que je
ne puisse pas entrer, je ne sais pourquoi, le Château m’était
inaccessible. La dernière fois que j’y suis allé, c’était devenu un
simple tunnel que j’ai traversé sans aucune difficulté. A l’autre bout,
un paysage, j’étais simplement de l’autre côté de la montagne, comme si
le château des mystères n’existait plus. Pourtant d’autres chevaliers y
sont encore allés après moi. Peut-être, N’avais-je plus de mystère à
découvrir ?
Colette
Pitance, février 2002
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