Qui sont-ils, que font-ils ?
Une balade dans le temps pour comprendre
qui sont les artistes calligraphe de ce début de 21ème
siècle.
Pour définir quelque chose de contemporain, c’est dans le passé qu’il
faut chercher. Je me suis donc baladée à travers les âges sur la toile
pour tenter de découvrir qui sont ces artistes calligraphes de 21ème
siècle et comment on peut définir leur art.
Au
commencement, il y avait l’art.
Pendant longtemps, outre le langage oral, l’être humain n’a disposé que
d’images bi ou tri dimensionnelles pour communiquer avec ses semblables,
invoquer les dieux…
Lascaux,
Le néolithique saharien
A
partir du 4ème millénaire av JC, l’homme codifia sont langage
orale pour en établir la correspondance écrite. A partir de ce jour
l’écriture est venue compléter l’image mais sans remplacée.
L'écriture cunéiforme
En
Égypte l’écriture est un don des dieux et sert le pouvoir politique. Sa
relation avec l’art se résume par : "Faire vivre ce que l'image peint".
Images et hiéroglyphes se complètent mais reste juxtaposés.
Les hiéroglyphes
En
Europe occidentale (chez nous), l’écriture est arrivée avec
l’envahisseur romain. L’écriture était une langue étrangère mais assez
vite adoptée par la population. La culture latine s’impose dans tout
l’empire romain.
L’écriture s’ajoute à l’art par des inscriptions sur les monuments et
les objets. Elle est un outil religieux, administratif et quotidien.
L'écriture en Gaule Romaine,
Le monde celtique
C’est sur cette culture latine que Charlemagne s’appuie pour sa réforme
culturelle. L’écriture y a sa place comme moyen de diffusion de la
connaissance.
La renaissance carolingienne
Au
Haut Moyen-Âge, l’association art et écriture est présente dans les
manuscrits enluminés. Mais on retrouve aussi l’écriture par la
représentation dans les peintures d’objets tels que des livres (Bible,
etc.). « La calligraphie rehausse l’œuvre »
A
la renaissance Italienne, création de l’italique : une porte ouverte sur
la création par son esthétique et sa rapidité, mais elle reste malgré
tout écriture, et si elle s’ajoute à l’art, elle ne le devient pas
encore.
L'art et l'écriture
De
toute cette aventure s’étalant sur plusieurs millénaires, l’écriture n’a
été utilisée que comme vecteur du verbe, comme moyen de transmettre des
idées, des connaissances dans l’espace et dans le temps. S’il existait
un art de bien écrire c’était par souci du travail bien fait ou pour
plaire aux dieux qu’ils soient mythiques ou vivants.
Le
début du 20ème siècle amène l’usage de l’écriture dans l’art
pour son esthétique. La lettre est un signe graphique utilisé pour
lui-même autant que pour son sens. Mots et images se mêlent. Pour la
première fois de son histoire, l’écriture est dans l’art, elle est un
outil supplémentaire sur la palette du peintre.
"La
lettre est un signe graphique utilisé pour lui-même autant que pour son
sens. Mots et images se mêlent. L'écriture entre dans l'art, le peintre
explore l'écriture pour enrichir sa palette".
Lettre et signe da,ns l'art du XXème siècle
Vers la fin du 20ème siècle apparaît ce qu’on peu appeler la
calligraphie contemporaine. Inédite dans l’histoire même si elle y puise
ses racines. L’écriture est utilisée seule à la fois pour sa
signification et pour son graphisme. Elle est essentielle dans l’œuvre.
Le
but de l’artiste calligraphe est double : dire et montrer, faire passer
un message et proposer une œuvre esthétique.
La
langue est fouillée, les auteurs sont redécouverts, on (re)découvre la
littérature moderne et ancienne. Les alphabets sont décortiqués,
réappropriés et recréés. La composition est réinventée pour s’adapter
aux exigences de la grammaire. Les techniques sont empruntées à la
peinture, à la gravure. Le matériel et les outils sont redécouverts mais
aussi inventés et bien de notre époque.
La
calligraphie contemporaine ne se cherche pas mais est en perpétuelle
recherche. Les artistes calligraphes de notre temps sont des chercheurs,
des inventeurs, des découvreurs…
Pascal
Goossens,
Edwige Timmerman,
Céline Foissey,
Michel D'Anastasio
C.
Pitance, août 2005
La parole aux calligraphes
"En ce qui me
concerne le débat sur le terme de 'calligraphie' et 'écriture' n'a pas
d'intérêt dans le sens où finalement ça parle de la même chose, tout
dépend de la période dont on parle...
et si l'on doit décortiquer le terme de calligraphie, alors j'insiste
sur le côté Belle Écriture. Trop de gens ont tendance à penser ce mot
'belle' comme terme 'jolie' ... or à l'époque où ce mot est rentré dans
le dictionnaire il ne me semble pas que ce soit cette interprétation là
qui ait été donnée. Belle dans le sens de Beauté d'art tel que le
prodiguait les Anciens. Et là alors le terme, même si il a des critères
précis est tout de même très subjectif puisque la Beauté est
individuelle et dépends de la société contemporaine de l'artiste.
par contre pour moi ce qui est très important c'est de bien faire la
distinction entre l'écriture d'hier, qu'on faisait 'belle' avec plus ou
moins de succès, et l'écriture aujourd'hui qu'on veut artistique, en
d'autres termes j'estime que le calligraphe est un faiseur d'images
écrites.
De là effectivement on peut décliner des calligraphes traditionnels, des
graphistes, des grapheurs, des peintres de lettres...
A partir du moment où il y a utilisation de la lettre et une mise en
scène de celle ci pour une image graphique, alors oui c'est de la
calligraphie au sens moderne.
après que ce soit conceptuel ou pas c'est une autre affaire. L'abstrait
comme le traditionnel à ses valeurs, ses réflexions, sa recherche et
donc son intérêt... c'est le fruit d'un travail souvent considérable.
un 'vrai' grapheur ne se limite pas à faire des gribouillis sur un mur,
tout comme un 'vrai' calligraphe ne se contente pas de tracer des lignes
avec une plume. Bien sûr de toutes époques il y a eu des bons et des
mauvais calligraphes... certains excellent dans leur recherche du
parfait et je les admire, d'autres excellent dans l'art de l'imparfait
et je les admire tout autant.
Au final, la calligraphie est rentrée pour moi dans les arts graphiques
et donc l'intention qu'on lui donne est aussi importante que le travail
mûri sur des années."
Céline Foissey